impressions

Publié le par mcarabas

22-11-2007 article déplacé car n'apparaît plus à sa date!!!!


Dans le grand couloir, le bruit d'une course d'éléphants répond à son appel. Un, deux, trois puis quatre, les enfants dévalent l'escalier en file indienne, traversent en coup de vent le salon. Le dernier claque la porte d'entrée et tous se ruent dans la voiture en poussant des cris de sioux.

Au bruit succède un silence pesant, inhabituel, qui la glace et l'étouffe.

Elle fait quelques pas et veux saisir sa veste. Sa main effleure le dossier du fauteuil. Elle s'arrête et regarde autour d'elle.
Dans quelques minutes, il faudra verrouiller la serrure et confier la maison aux fantômes qui l'habitent depuis toujours.

Cette maison n'est pas faite pour héberger l'absence.

Elle laisse échapper un soupir de tristesse. Elle se tourne brusquement vers l'escalier. Voilà qu'elle perçoit l'hésitation des petits enfants qui le grimpent en frottant genou après genou chaque marche. Elle entend bien les rires des plus grands qui se bousculent en jouant. Elle observe des aïeux discuter et rêver autour d'un verre de "Muscat du dimanche," un neveu retirer discrètement des brindilles enflammées de l'âtre de la cheminée, certain que personne ne le voit. Elle croise, sans bouger, une tante venue apporter des chocolats de Pâques, un cousin prendre des nouvelles. 

Un affreux en culottes courtes, chaussé de bottes gadouilleuses est reconduit manu militari dans le jardin. Le chien en profite et brave l'interdit. Il défonce la porte entr'ouverte et se dirige comme une flèche vers la cuisine. Des cris de lamentations retentissent alors dans ce paradis des papilles et des confidences.

A travers une fenêtre, elle aperçoit trois enfants déguisés de vielles hardes. Armés de bâtons plus grands qu'eux, ils livrent bataille sous la pluie à des ennemis invisibles. Le chien les rejoint et fait des cabrioles, fier de son vilain tour...  il y a les traces noires de son passage sur le parquet de la maison.

Le lustre se met à bouger, deux ampoules clignotent ....

Mais arrêtez de faire les fous là-haut! s'entend-elle hurler.

La pièce est à nouveau vide.

Elle ferme les yeux, elle doit vraiment partir.

Dort petite maison, avant d'être encore tirée de ton sommeil par une vie pleine de promesses.
Une vie qui te chahute et te malmène, mais qui continue d'écrire ton histoire.

Dormez petits enfants, l'esprit rempli de mille souvenirs, qu'à votre tour vous cajolerez un jour, sans regret ni nostalgie, juste pour vous rappeler que ce n'était pas un rêve.

Elle tire la clef de sa poche et se surprend à sourire.

ongleesaout_2007_117

à Phinotte et Anne R.
et à tous ceux qui le liront

symptôme provoqué par une madeleine de Proust fourrée au chocolat


edit'
Merci beaucoup pour vos mesages qui me touchent.
Concrètement, je suis partie de ce que j'ai ressenti dimanche soir.... en quittant une vieille maison de famille...
En refermant la porte d'un couloir, puis en me retrouvant dans le salon vide...un flot de souvenirs incontrôlables ont jailli. Pour la première fois me revenait la tache de tourner la clef, de "fermer la maison"....
La perte récente d'êtres chers qui occupèrent les lieux jouant, ils me sont soudainement apparus , me laissant avec tous les fantômes.... morts ou vivants d'ailleurs... souvenirs des dernières vacances. J'ai été submergée de tristesse (bien vu PB) en pensant à tous ces moments qui ne sont plus, moments dont on ne saisi pas toute l'importance quand on les vit, mais qui viennent se loger dans le coeur discrètement. Je me suis tout de même resaisie en songeant à tout ce qui attend encore cette maison, avec ou sans nous, et surtout, à tous ce qui sert de ciment à nos enfants pour plus tard. Ces liens mystérieux qui unissent des cousins à jamais....
J'ai tout ruminé dans la voiture durant le voyage, et me suis dit que cétait peut-être le bon moment de coucher l'inspiration et de vous la faire partager en toute simplicité. J'ai un an de retard sur mon programme d'écriture....;-)
Quand cette maison est honnêtement remplie, elle n'est que bruit, cris, rires, pleurs d'accidentés de jeux, courses dans le grand couloir (voir rallye de petits camions ou concours de glissades et séances de retrait d'éclis de bois à la pince à épiler ensuite!), grands jeux scouts, salles de bains occupées, machines à laver le linge ou la vaisselle qui travaillent sans repos, odeurs de cuisine, allers et venues de familiers profitant d'un moment pour venir saluer les hôtes d'un moment,chasse au chien qui veut être dans la maison, complots de cousins, appéros, blabla et thés pour les adultes (qui sontbien entendus épuisés mais contents à leur retour de vacances)... Que des choses qui n'ont de prix que pour l'âme.


 

 

Publié dans Plume d'oie

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Gwen 27/06/2009 19:27

Pas seulement bien écrit, mais bien vécu....Et j´espere toujours, la nuit, rencontrer leurs fantômes dans le couloir. Cette maison n´est pas morte, ils y sont encore !

tantine 27/06/2009 20:28


merci Gwen....


sophie 27/11/2007 14:49

A merveille tu nous décris tes émotions, tes impressions...je l'ai lu une première fois il y a quelques jours...l'ai relu et aujourd'hui pour la troisième fois je prends le temps de le relire à nouveau...Tout y est, l'espace, le bruit, l'âme de la maison... un instant j'ai pensé au film "The others" , l'atmosphère fantômatique en est le reflet...Ta plume, Laure, te guide vers de beaux textes et j'espère que tu nous les fera encore partager...Au plaisir de te lire!

francoise 27/11/2007 09:21

C'est vraiment ce que l'on perçois lors d'un départ d'une maison . Même si c'est un oncle et un tante qui ont repris et modifié la maison de mes grand parents j'y retourne plus avec la même âme ils ont chamboulé même les odeurs et le jardin qui avant rentrait presque dans la maison enfin c'était il y à longtemps lorsque j'étais enfants p'ete bien que la maison est toujours pareil seulement refermée dans mes souvenirs... bonne semaine je fille grand repas Breton au boulot et c'est moi qui suis le chef ... miam .

anouchka 23/11/2007 22:25

Merci de savoir si bien exprimer et d'accepter de partager avec nous. Tous ces mots font tellement écho à nos souvenirs en d'autre lieux un peu semblables, moments radieux et tristesses indicibles mais inscrits pour l'éternité dans l'âme de ceux qui aiment.

lesfilles75 23/11/2007 19:08

très joli... on s'y croirait... bises.