Alors voilà.... que je vous raconte. Attendez, je m'installe dans le divan..... s'il vous plaît baissez les stores à cause de la lumière.. là, voilà, merci, ça
ira.
Bon alors je commence.
Il était une fois Moi, l'année dernière. J'allais guillerette à mon rdv homéo -généraliste- tiroir caisse à 80 kms AR de mon domaine. Tchek up général, comme d'habitude, voilà qu'il réduit
en miettes un futur projet de maternité concocté avec Chéri-Chéri.
Bah oui, vous comprenez, vous avez un prolapsus utérin début stade 3 (NDLR descente de l'utérus dans le vagin, avant d'en sortir en fin de stade 3!
), ça ne serait pas sérieux. Ça
fait des mois que ça en prenait le chemin. A partir d'aujourd'hui, vous ne faites plus rien.
Comment ça plus rien? Plus de ménage, de bricolage, de jardinage,de placotage, de repassage, rien debout, tout assise, un peu de marche quand même et voilà??? Et on peut
rien faire?
Bah non, faut vivre avec car en général ça arrive aux grands-mères pas aux gens de votre âge, faites juste 50 contractions du périnée et on se revoit dans 3 mois. Votre temps et
terminé, et ça vous fera 56 euros dépassement d'honoraires inclus, au revoir madame.
Sensation d'avoir une enclume sur la tête.... Que m'arrive-t-il? Que m'a-t-il dit? Plus de bébé....un quotidien bouleversé...et rien à faire...
Je rentrai dans la catégorie "naissance d'enfant de plus de 4 kilos avec forceps" (numéro un) et ça a tout saccagé... grande sotte que je fus, trois grossesses plus tard d'en être encore
ignorante (il m'a fallu un an pour le savoir!)..
Je me souviens d'avoir porté des trucs très lourds pour aider l'artisan sans apprenti, ou continuer les travaux dans la maison.... de cette grosse pierre que j'ai voulu déplacer. De la
douleur qui m'a déchirée le ventre et des choses bizarres ressenties dans mon corps après. De la réflexion que je me suis faite "
Laure, arrête ton délire, c'est un boulot d'homme,
stop!".
Je me souviens de toutes ces fois, durant les travaux de la maison, où je me suis inquiétée de m'exploser le dos (je suis une experte es-déplacements de vertèbres) et je n'ai pas pris soin de
moi, je n'ai pas su m'arrêter... (je l'avoue, il faut que je me retrouve clouée au lit pour ne rien faire, c'est comme ça).
Quelques semaines pour atterrir, digérer la nouvelle, m'organiser dans ma tête, dans mon corps, dans la maison.
Les jours passent et un malaise s'installe. Je surfe des heures sur internet pour comprendre ce que j'ai , pour trouver des solutions. Certaines femmes parlent pourtant d'opération.
Quand je en ai parlé à l'homéopathe, il m'a dit que
"oh non, il vaut mieux éviter ça au maximum"... je me sens perdue et trahie par mon corps. Je ne sais quoi penser. Je me dis que,
quand même, depuis plus d'un an que je le vois... il aurait pu empêcher l'envenimement de la situation, mais il n'a rien fait. Dois-je le haïr? Je le fais un peu, c'est plus fort que moi.
Je décide de faire un déni de tout ça, d'être plus forte que le prolapsus, de surmonter, mais au final, cela fait un effet boomrang. Non, ce n'est pas dans la tête, c'est bien dans le corps et je
ne peux pas le mettre de côté.
Le malaise ne me quitte plus. Il a pris ses aises. Je broie du noir et j'en culpabilise. Je me sens éreintée et un rien m'achève. Je passe mes journées à ne presque rien faire. Heureusement, la
couture, on la fait assise!!! YES!! Au moins ça qui me reste. Et puis, il y a mon blog et tous ces sympathiques échanges, toutes ces idées que je glane qui me portent à ne pas me laisser abattre,
continuer de créer, le soutien de la famille, les quelques amies au courant de mes soucis.
Passer de l'hyper activité à l'arrêt total est terrible.... je n'obéis pas tout le temps, mais je le paie.... je me résonne.
J'envoie un mail au médecin, lui crie mon désespoir... lui demande s'il ne serait pas plus judicieux d'aller voir un spécialiste?
Et le périnée.. je ne contrôle rien, j'y arrive plus, ma tête n'y parvient plus.
Il me répond que
Non non, pas besoin d'aller voir un spécialiste. Et qu'au lieu de 50 contractions de périnée, vous n'avez qu'à en faire 60 (sic)
. Si vraiment ça ne va pas.... vous
pouvez revenir me voir (bah voyons, réflexe de bon commerçant!!).
Ma conscience me réveille alors. Il n'a rien compris, là? Je m'enfonce dans une dépression ou un truc dans le genre....non?
Je me prends en main. Je file chez mon généraliste. Atterré par mon récit, il m'adresse à un "vrai" gynécologue....et le parcourt du combattant continue. Le gynécologue me propose d'abord
de tester la rééducation via sage-femme ou kiné.
Avec les grandes vacances, il me faut attendre la rentrée pour trouver quelqu'un.... et le résultat est décevant en novembre : nada, utérus rien à péter de mes ordres.
Entre temps, l'été a été assez terrible pour moi, avec l'accumulation de soucis de différents ordres, dont un deuil.
Accumulation de stress que je ne gère plus, je ne dors plus non plus.... Pire, je suis tirée de mon réveil en sursaut à n'importe quelle heure de la nuit, même si j'ai pas dormi la nuit
d'avant et je ne me rendors pas. Cela me rend folle, et ce n'est pas faute de prendre des trucs à base de plantes voire même de tenter l'acuponcture pour m'apaiser. Bizarrement, à chaque
fois que je trouve une solution pour retrouver le sommeil, ça ne fonctionne pas deux fois de suite. Suis-je possédée par un vilain démon? Juste par des angoisses.
Après un après midi de septembre à ressourcer mon âme et implorer des grâces dans un centre Marial, je retourne voir mon généraliste et lui demande des somnifères. J'ai pesé le pour et le
contre.... cette fois, il faut passer un cran au dessus.
Au fur et à mesure des semaines, le sommeil revient.... et rendez vous est pris en janvier avec un gynécologue chirurgien....tout ce temps à attendre me semble trop long. J'abandonne
tranquillement les cachets salvateurs, je n'en ai plus besoin.
Janvier, mois de la libération.... Le chirurgien est mon sauveur. Il m'assure que je peux compter sur lui et ne me laissera pas comme ça. Il m'explique que tout ce que j'ai traversé d'un point de
vu psychologique est corroboré par l'ensemble des témoignages qu'il a reçu de ses autres patientes.... qui en effet sont plus âgées.
Il m'explique ce qu'il me fera durant les deux heures et demi d'opération et sans que je le lui demande, m'informe que ce système introduit dans le bas ventre par
promonto-fixation sous coelioscopie n'empêche pas une nouvelle maternité. Prudente, je lui dis que j'ai déjà 4 enfants, 35 ans et que peut-être il faut que je passe à
autre chose....
"mais non, au contraire" me rétorque-t-il, presque surpris. Je n'en reviens pas..... son discours est aux antipodes de l'homéopathe- généraliste- gynécologue de théâtre
de pacotille et le dernier ferme la porte!
Seconde libération de "ça" aussi porté dans un certain silence durant des mois.
Quel soulagement, je retrouve mes forces, mon ardeur et ma joie de vivre à200% et je dis zut à mon utérus blagueur. Je sais quand je serai opérée.
Aujourd'hui c'est une renaissance. Je suis fatiguée par ce que je viens de subir, les souffrances physiques qui ont suivi durant 3 jours ... 3 jours pendant lesquels je me suis demandée si
ça s'arrêterait un jour?! Mais tout ça est derrière et je commence une nouvelle vie!
***
Je ne savais pas trop si je devais vous livrer tout ça... ces choses intimes à tant d'inconnus... mais j'ai constaté autour de moi l'émergence de cas semblables. Les femmes ne sont pas bien
renseignées, entourées. Le prolapsus n'est plus réservé aux
mémés, il s'est vulgarisé!
Femmes ayant connu la maternité ou non, il ne fait pas de discrimination, quel bonheur! Il s'intéresse de près aux mamans qui zappent leur rééducation post natal du périnée après la mise au monde
de gros bébés, aux accro des salles de sports qui font su step à gogo ou au footing etc.....
Tout ça donc pour lancer le message suivant :
Mesdames, si jamais vous vous retrouvez dans cette situation, allez voir un vrai spécialiste qui cherchera la solution adaptée à votre cas.
Je me suis dit que peut-être il me fallait un peu témoigner et rassurer ces femmes qui se demandent ce qui se passe en elles et si elles trouveront une solution. Que
OUI de nos jours la
chirurgie fait de belles choses sans aller au pire avec l'ablation de l'utérus, comme auparavant. Un prolapsus ça se soigne!! Un médecin lamentable m'a fait croire le contraire, il a même
participé à la dégradation de mon état physique et moral durant un an (enfin deux si on est juste). Et je passe sur les premiers gynécologues qui ne se sont pas occupés de moi après la naissance
de mon aîné, et les suivants.... J'ai compris pourquoi j'ai été si fatiguée durant 13 ans, fatigue allant jusqu'aux vertiges qui me flanquaient par terre.... ingérables.
Il reste certains cas très rares où malheureusement les heureuses solutions disparaissent, mais ce n'est pas la GENERALITE.
Si vous voyez que le médecin qui vous suit n'est pas sérieux , ne réponds pas à vos questions, ne vous propose pas de solution efficace , voire ne vous adresse pas à des spécialistes, n'hésitez
pas à frapper à d'autres portes afin de trouver la personne compétente pour soigner votre cas. Il y a de nombreux chirurgiens en France qui sont très compétents dans le domaine. Ils se réunissent
en colloques pour partager leurs techniques, elles sont différentes en fonction de l'endroit, il y a la technique marseillaise, clermontoise, lilloise.... (véridique!). Le dernier colloque tenu à
Marseille en mars salue les succès de la
promonto-fixation sous coelioscopie, c'est la meilleure voie actuelle. J'ai eu la chance d'être opérée par le seul
chirurgien compétent en la matière de toute ma région....un homme remarquable, "un grand monsieur "comme le disent avec justesse les infirmières de son service.
Il a fallu du temps pour mettre en place la généralisation de la rééducation du périnée, des abdominaux... et ce n'est pas un luxe. De même il faudra du temps pour faire de la prévention en
ce qui concerne le prolapsus.
***
Enfin, peut-être fidèle à moi même, à mon caractère, je tire une leçon positive de tout ça. Je n'irai pas jusqu'à affirmer que je ne regrette pas d'avoir traversé cette épreuve, comme tout
humain, je déteste souffrir. Cependant, durant tout ce temps j'ai continué de "grandir" et de mûrir. J'ai appris de nouvelles choses sur la vie, sur mes relations avec les autres, sur moi même,
ma foi s'est renforcée même si le chemin spirituel a été TRES caillouteux, je vous le garantis!
Je sais maintenant que je peux oser dire NON aux autres, je ne dois plus être un saint bernard à toute heure sans me soucier d'abord de ma famille ou de moi même.
Rendre
service, oui et toujours, mais plus au détriment de mes priorités, non de mon confort ou de mes devoirs premiers.
J'ai appris à tourner des pages brutalement pour la première fois de ma vie, cela ne s'est pas fait sans douleur, mais au final je sais ce que je veux aujourd'hui et je sais ce qui prime vraiment
dans ma vie. Je crois que je suis encore plus exigeante dans mes rapports humains, plus élitiste dans mes relations profondes avec les autres. Plus forte aussi.
J'espère aussi avoir accru mes capacités d'écoute envers ceux qui souffrent et être parvenue à perdre de ma naïveté avec les profiteurs et les manipulateurs.... tout en conservant tout de
même une part de cette naïveté qui me permet de voir toujours et en premier ce qu'il y a de bien chez les autres. Juste besoin de me protéger de moi même en somme.
Une personne
anciennement de mon entourage a eu le toupet d'affirmer -
alors que je me trouvais moralement au plus bas- que
je me cachais derrière mon blog (
entre autre hein, car j'ai eu une liste de tout ce qui n'allait pas selon elle dans ma vie,
petite leçon de morale que la personne eu mieux fait de se faire à elle même, surtout que je lui dois la rencontre indispensable avec le super médecin qui a laissé le prolapsus s'installer et
elle s'indignait que je ne veuille plus le voir, j'étais qu'une inconsciente, une irresponsable! bref). En effet, je n'ai pas pour habitude de relater mon quotidien et encore moins de
faire transparaître mes soucis sur mon blogounet à moué.
C'est la raison pour laquelle ce break 'opération en a surpris plus d'une.
J'ai trouvé très fort de ne pas être libre de mes choix!
J'ai une déontologie personnelle avec mon blog. En premier lieu j'ai décidé depuis le début :
- d'y partager des idées, des réalisations, des réflexions;
- en second de changer les idées des lecteurs,
- en dernier de ne pas en faire un journal intime.
Je me suis dis que parmi vous certaines vivent des choses plus difficiles encore et je souhaite leur offrir un brin de distraction, non pas qu'elles s'apitoient sur mon sort.
Je n'ai pas besoin de raconter mes tracas sur la toile pour rester fidèle à moi même, car mes proches et mes amies supportent à votre place mes confessions (et je les en remercie!!).
Si je dois prendre conseil, je sais à qui m'adresser en fonction de son importance. Je le fais sur le blog quand je sais que vos avis peuvent m'éclairer, même si je ne vous connais pas dans la
grande majorité!
Il y a des jours "avec", des jours "sans" mais ma devise est de
toujours me relever, point final!
Tout ce que je mets sur ce blog depuis sa création fait partie intégrante de ma vie. Je n'invente pas de fausses réalisations, ni ma joie de vivre même si je ne dis trop rien des
larmes qui parfois ont l'idée saugrenue de remplir mes yeux chocolat.
C'est un choix qui se respecte et personne n'a à me commander ce que dois dire ou non ICI, encore moins comment je dois gérer ma vie dans le privé.
(et de toute
façon je n'aurais cure, la preuve, surtout quand ce n'est pas de la charité fraternelle mais le psycho délire d'une personne qui se noie déjà dans ses propres problèmes ).
***
Bon courage à celles qui peut-être traversent de telles difficultés de santé.
Restez dans l'espérance .
***
Une page de plus est tournée.