pour un flocon de neige....

J'ai le bout du nez gelé et j'entends chacun de mes pas crisser..... il neige depuis ce matin.
J'aime cette ambiance ouatée, la pureté de ce manteau qui recouvre tout ce qui est à sa portée.
Ce monochrome lumineux me va bien. Il agit comme les retrouvailles avec une vieille amie, celle de ma mémoire...
Ce temps déjà bien loin où j'enfilais une vieille culotte de laine, m'engonçais dans une chaude veste et camouflais mon front dans un bonnet qui pique.
Je préparais mon sac de survie et en bonne petite demoiselle de la région parisienne, j'allais affronter la bise, les tempêtes de neige, la faim et le froid dans mon petit jardin.
Peut-être allais-je aussi skier ou tenter d'attraper un chien des neiges pour lui faire tirer mon traîneau?
Peut-être me faudrait-il soigner en toute hâte l'un de mes enfants qui n'en pourrait plus de marcher depuis des jours, le ventre vide, et risquerait de mourir si nous n'atteignions pas le plus vite possible un chalet salvateur.
Peut-être aussi serais-je dévorée par un Loup ou rattrapée par ces bandits des montagnes qui ne laissent aucun répit aux enfants épris de liberté et rempli d'imagination.
Quand le bout de mes orteils commençaient à ne plus me répondre et que mes gants de laine étaient trempés, je sonnais la retraite et regagnait la réalité.
Une réalité plus confortable, où un bon chocolat me récompensait de tous les risques pris un peu plus tôt, où mes gants séchaient sur le radiateur jusqu'à ce qu'ils deviennent durs comme du carton, mais une réalité si fade et routinière à mes yeux.....
Tout à l'heure, après le goûter, les enfants enfileront leurs manteaux et leurs bottes.... ils disparaîtront dans le jardin avec leurs grands bâtons pour y vivre de nouvelles aventures et regretteront d'avoir encore école dès demain matin.
La neige, cette vieille femme fragile qu'un soupçon de douceur fait fondre, les attendra-t-elle?
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