Sans titre

Publié le par mcarabas

J'avais appris le décès d'une jeune femme, Caroline Aigle, pilote de chasse... fauchée dans la trentaine par un cancer foudroyant.
J'ai lu aujourd'hui qu'elle était enceinte avant de savoir qu'elle avait un cancer. Elle avait fait le choix de donner toutes ses chances à ce petit qu'elle portait.... allant contre l'avis des médecins.

Elle  a donné vie à Gabriel, à 5 mois et demi de gestation .... avant de retourner au Père peu de temps après.

En lisant l'homélie du Père Demoures lors des obsèques de cette courageuse maman, je n'ai pu m'empêcher aussi de penser à la tristesse de la maman de Victorinette..... face à la perte d'un enfant, d'un troisième enfant, même, chez des amis.

Les même questions jaillissentt .... perdre des êtres chers si tôt, si jeunes.......mais pourquoi? Mais où est Dieu? Pourquoi n'empêche-t-il pas ça?

Je me suis dit que peut-être cette homélie vous intéresserait aussi....

Où est-il ton Dieu, disait un prisonnier d’Auschwitz à Elie Wiesel, alors qu’ils étaient forcés d’assister à la pendaison     d’un enfant… Il est ici, devant toi, pendu à ce gibet, répondit Elie Wiesel… Face à l’absurde, à l’injustice la plus     complète, qu’elle vienne de la folie des hommes, ou qu’elle vienne de la maladie, il y a la révolte, pour tous, croyants ou     non. Et il y a cette question : Comment Dieu peut-il permettre cela ?

    Il n’y a pas de réponse. Ou plutôt, il y en a une : Dieu ne le
permet pas. Mais alors pourquoi cela arrive-t-il ? Là, je n’ai     pas la réponse. Et la foi chrétienne n’a jamais prétendu avoir la réponse. Nous croyons en revanche, que s’il n’y a pas de     réponse au mal, et spécialement au mal absolu qui nous touche et nous rassemble aujourd’hui, il y a un avenir, que le mal et     la souffrance n’auront pas le dernier mot, que l’Amour aura ce dernier mot.
   
    L’homme est fait pour la vie, et la vie en plénitude !
Et cela, malgré tout, me semble, nous semble plus porteur d’avenir     qu’une simple réponse à la question posée. Même si cette certitude, qu’on appelle l’espérance, n’enlève pas la douleur. Cette     question de l’absurdité du mal est le propos même de tout le livre de Job, que tu as choisi, Christophe, de nous faire écouter. Cette histoire, car ce n’est pas un livre historique au sens propre du terme, nous raconte la vie de Job, un homme juste et pieux, qui n’a     pas de soucis. Il est « sur le trait », comme on dit en Nav BA… Il suit les commandements, il prie, et, comme c’est prévu, tout va     bien… Mais voilà que survient l’orage, la panne imprévue, et plus rien ne va plus : ses enfants tombent malades, les récoltes     sont détruites, les troupeaux sont décimés, la maladie s’empare du pauvre homme. Reconnaîs ta faute, disent alors en choeur     sa femme, puis ses amis… Cette débâcle est certainement la conséquence d’une mauvaise action… Mais non, Job ne reconnaît et     ne se connaît aucune entorse à la Loi…
   
Après une période d’acceptation docile de son sort, vient le temps de la mélancolie, puis de la révolte… Et de     l’interpellation de Dieu… Avec, cependant, toujours au coeur cette certitude qu’il vaut le coup de garder l’espérance, de     garder la faction, comme il est dit dans le texte… Ce sera la réponse de Dieu : « Job, mon projet est plus grand que Toi… tu     n’en es pas un pion, tu n’es pas sacrifié sur l’autel de ce projet, mais tu ne peux le concevoir en entier… » Cette réponse     reste fractionnaire, mais elle fera faire un pas vital à l’humanité, en faisant exploser la théorie du mal comme réponse au mal… Ce projet de Dieu demeurera inconnu dans sa globalité jusqu’à la venue de Jésus-Christ C’est le don de sa vie, sur la Croix, et sa résurrection par le Père qui permettront à ceux qui en témoignent de découvrir la profondeur     de ce projet de Dieu : la transfiguration du mal par l’amour. Jésus opère cela en habitant au coeur du mal même. A     Gethsémani, sans nier la peur, pleinement homme, s’appuyant sur la prière d’autres hommes, il plonge au coeur de la douleur. Il veut     ainsi qu’aucune personne ne puisse dire : « je suis descendu si bas que nul ne peut me rejoindre… » Oui Dieu est bien auprès     de l’enfant pendu à Auschwitz…

   

Ce don de Jésus, tu nous le fais découvrir, Christophe, dans l’évangile que tu as choisi, ne s’est pas fait tout seul, car le mal     résiste. Nous le savons bien, spécialement aujourd’hui. Mais l’homme est fait pour la vie, et Jésus, malgré sa     tentation, dans le don de lui-même, continuera à l’affirmer, jusqu’en haut de la Croix.

   

Tu ressembles au Christ, Caro. Tu lui ressemblais par ta vie, par toute tes qualités, de volonté, de gentillesse, de disponibilité,     de passion, tu lui ressemblais comme toute personne, tu lui ressemblais par tes choix. Tu as choisi de garder Gabriel en toi,     cette vie annoncée en toi, je ne peux m’empêcher de faire ce rapprochement avec la mission du saint patron de ton fils, cette     vie que tu sentais dépasser la simple vision humaine de la vie, que tu as considérée suffisamment importante pour qu’elle     doive retarder un traitement pourtant urgent…

   

Tu ressemblais au Christ par le choix même de ton métier. « Contrairement aux apparences, dans aucun autre métier que celui     des armes, ont a un tel souci de l’homme ». Cette phrase, un frère de ma mère l’avait écrite dans ces notes quelques semaines avant     de mourir au combat. Je ne sais si elle est parfaitement vraie, car les personnels de santé, qui, à cette heure même, et     depuis le trois août, s’activent autour de Gabriel, doivent bien penser, avec raison, qu’on pourrait dire la même chose de     leur métier.

   

Autant Gabriel est présent, avec Marc, à notre esprit aujourd’hui, autant ils doivent l’être eux aussi…

   

Mais dans notre métier des armes, oui, on peut découvrir l’humanité dans tout sa grandeur, dans toute sa valeur, dans toute     sa beauté. Particulièrement dans notre mission de pilote, quand nous remettons chaque jour notre destin dans les mains de nos     compagnons de patrouille et dans celles de nos mécanos, de nos contrôleurs, bref, quand nous nous confions mutuellement nos     vies. Face à l’ennemi, même, nous devons regarder l’homme, et chercher à le protéger par tous les moyens, en recherchant la     Paix, et l’action juste.

   

Permets moi de te dire aussi Christophe que tu ressembles au Christ tout autant. J’ai le souvenir très précis de ce jour où vous     êtes venus préparer chez moi la célébration de votre union. Je te confiais le recueil de textes bibliques habituellement     proposés ; tu m’as dit, je te cite de mémoire : « de toute façon, je ne veux pas d’un texte qui parle de notre amour à tous     les deux, mais d’un texte qui nous ouvre et nous pousse à l’amour des autres. » Tu avais tout compris, et je savais que cette     célébration atteindrait son but, et ferait de vous des témoins de l’amour.

   

Je sais bien que pour chacun d’entre nous, il y aurait des traits de ressemblance au Christ. Vous     ressemblez au Christ pour ressembler au Christ transfiguré et ressuscité. Voilà le lieu de notre espérance. Caroline était en Transfiguration, et cette transfiguration est appelée aujourd’hui à s’accomplir pleinement. L’espérance n’est pas     l’espoir : l’espoir c’est « peut-être », l’espérance c’est « demain ».

   

Si aujourd’hui, par cette célébration, par notre foi au Christ, nous voulons dire notre foi, revenir à ce qui s’est passé il y a     deux mille ans, si nous sommes tendus vers le haut dans l’espérance, c’est, enfin, pour vivre aujourd’hui de la charité, de     cette forme transfigurée de l’amour humain par l’amour de Dieu : de la même façon que l’arbre s’enracine profond, et que ses     feuilles se tendent vers le soleil, uniquement pour donner du fruit, un fruit nourrissant pour l’aujourd’hui.

   

L’affection que nous vous portons aujourd’hui, n’est pas seulement le baume sur un coeur blessé, mais elle est aussi porteuse     d’avenir.

   

La grande leçon que tu peux nous donner aujourd’hui, Caro, c’est l’urgence d’aimer. Non pas une urgence de peur, peur de ne     pas avoir le temps, une urgence « au cas où il arriverait quelque chose », mais une urgence vitale, qui nous dit que seul     l’amour est porteur de vie. L’homme est fait pour la vie. Cette urgence seule peut permettre à  l’amour d’être plus     fort, de faire naître un trésor des évènements les plus tragiques comme celui qui nous réunit.

   

Je pense à toi, lorsque tu me racontais tes semaines de PO, quand tu devais pouvoir décoller en 2 minutes, prête à répondre à     tout problème de sûreté aérienne. Avec toi, par ta prière pour nous, par notre affection les uns pour les autres, montons la     PO de l’amour.

 

 

(*)  Abbé Philippe Demoures : ancien officier pilote de chasse de l'armée de l'air (AD 82), ayant rejoint les ordres en 1992

Publié dans Patati et patata

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Ervalena 13/09/2007 09:52

Je l'ai su par la télévision... juste une annonce de 3 secondes... qui omettait de dire qu'elle avait aussi 2 enfants et en attendait un 3ème... Je suis pétrifiée. Pourquoi mourir si jeune avec tant de talents? Etait-elle comme Mozart ou bien d'autres gens trop doués qui vivent bièvement parce-qu'ils auront vécu d'une façon trop riche et concentrée? Ca reste un mystère...5 mois et demi! Ce petit en grandissant ne connaîtra jamais sa maman. Il saura qu'elle est morte comme une sainte, mais cela sera lourd à porter pour lui...Un jour elle sera canonisée.... Après tous ces commentaires,il n'y a qu'une chose à faire prier pour le papa et les enfants!

11/09/2007 19:13

j'suis bouleversée ! j'ai pas lu l'homélie parce que...j'suis trop en colère ... trop triste...

co de contes 11/09/2007 17:22

émue..je pleure ..merci...

picokoa 10/09/2007 11:51

Merci pour ce magnifique texte....Merci

fanchon68 09/09/2007 20:41

Je te remercie pour ce texte qui est très beau, très profond, très émouvant... VRAI !